La hausse des droits de douane : qui perd, qui gagne ?

Jean-Marc Siroën

GeopoWeb
29 juin 2026

Metal growth chart showing percentage value over years embedded in concrete wall with barbed wire fence
A metal growth chart embedded in a concrete wall near barbed wire fencing at dusk

Le 2 avril 2025, déclaré Liberation Day, le Président Trump présentait sa liste de droits de douane dits « réciproques », une manière trumpo-orwellienne de faire comprendre que justement, réciproques, ils ne le seraient pas. Le discours était d’ailleurs bien plus clair : « À partir d’aujourd’hui, si vous voulez vendre vos produits chez nous, vous devrez passer un accord qui nous soit favorable, ou vous paierez le prix fort. ».

Ainsi, après 80 ans de baisse continue et généralisée des droits de douane, le pays qui avait défendu et obtenu leur baisse dans le monde décidait de les augmenter chez lui. Ce revirement nous invite à réexaminer cet instrument protectionniste délaissé, réincarné par la première administration Trump (2017-2020), durci par la seconde avec, entre les deux, une présidence Biden (2021-2024) qui n’avait pas rechigné à durcir sa politique commerciale sous une forme moins convulsive et plus ciblée. Le pays qui, au XX° siècle, avait porté le multilatéralisme et l’avantage mutuel du désarmement tarifaire en aurait été le grand perdant, la Chine l’insolent et inattendu gagnant, et tous les autres les profiteurs d’une hégémonie américaine bien trop coûteuse à force d’être bienveillante. Depuis une dizaine d’années, dans le discours comme dans les faits, les Etats-Unis ont donc renoué avec leur passé lointain jamais complètement oublié et qui fut mercantiliste, isolationniste et bien peu coopératif.

Les droits de douane ont beau avoir été depuis longtemps discutés par les économistes leurs effets économiques et sociaux restent difficiles à évaluer. L’internationalisation des chaînes de valeur, qui a caractérisé la dernière grande période de mondialisation, complexifie encore l’analyse. Quelques questions fondamentales pour lesquelles on croyait détenir des réponses sont à nouveau posées : qui, dans le pays protecteur, gagne ou perd à la hausse des droits de douane ? Encore faut-il, au préalable, être clair sur les objectifs visés par la hausse des droits de douane à la fois recette fiscale et taxe sur les importations.

Historiquement, et tout particulièrement aux Etats-Unis, le droit de douane fut d’abord une taxe destinée à couvrir les dépenses publiques avant qu’il ne s’impose comme le principal instrument d’une politique commerciale protectionniste. Le financement des dépenses publiques par les droits de douane est par nature inéquitable. Socialement, c’est une forme d’impôt régressif puisque, proportionnellement à leur revenu, la hausse du prix des biens de consommation importés pèse davantage sur les classes populaires. Ils introduisent par ailleurs une distorsion dans le système productif qui s’affranchit de la loi des avantages comparés : les droits de douane avantagent le secteur concurrencé par les importations au détriment du secteur exportateur exposé au risque de représailles. Historiquement, aux Etats-Unis, le protectionnisme a longtemps avantagé le Nord industriel et républicain au détriment du Sud esclavagiste et démocrate, exportateur de sucre, de coton et de tabac. De fait, malgré un libéralisme affiché, les Républicains se sont toujours montrés plus protectionnistes que les démocrates, moins effrayés par le recours à l’impôt et plus internationalistes en politique étrangère (du moins depuis Woodrow Wilson et Franklin D. Roosevelt).

Laisser un commentaire